Friday, October 17, 2008

La mort du chemin

Prochaine année Jacquaire, 2010. Nombre de pèlerins attendu en 2010, 5 millions!

Faits vécus d'un simple pèlerin durant sa première semaine; quatres sangsues sortis par les policiers de l'albergue à Pampelune aux environs de 1h du mat, sangsues qui volontairement font une journée de moins de 10 km, parce que à cette distance c'est Pampelune et ses fridays night, sangsues qui volontairement font une journée de moins de 10 km, parce que à cette distance c'est Logroño et sa ruelle de 80 bars, sangsues qui clope au bec et San Miguel dans le bidon font des journées de 7 km, sangsues qui ne participent jamais a repas, ne parlent pas et se contentent de marcher en espérant avoir une illumination...

Lors de mon arrêt à Azofra il y a de cela déjà plusieurs jours, j'ai parlé longtemps avec Miguel. Miguel est un espagnol fier de son pays qui connaît plusieurs hospitaleros sur le chemin et surtout qui connaît le chemin depuis plusieurs années pour l'avoir marché à quelques reprises et à des époques différentes. Un sujet l'a particulièrement passionné et a retenu mon attention, la mort du Camino Francès!

Le Camino Francès, chemin qui relie Roncevalles (ou St-Jean Pied-de-Port) et Santiago, est le chemin le plus emprunté par les pèlerins. Toutefois, en raison de sa popularité il attire aussi beaucoup de sangsues qui drainent l'énergie de ce chemin. Le chemin et ses pèlerins est une osmose, tu donnes beaucoup et tu reçois aussi, parfois moins que tu donnes parfois plus. Les sangsues qui viennent sur le chemin sans vouloir donner sont malheureusement de plus en plus nombreuses.

Mais, est-ce vraiment leur faute à ces faux-pèlerins de se trouver sur le chemin? Ou plutôt pourquoi viennent-ils sur le chemin? Un premier groupe de faux-pèlerins est attiré par le faible coût de la vie du pèlerins. Cédentiale à 1 euros et albergue entre 5 et 10 euros laissent beaucoup d'argent pour boire le soir. Donc, ce groupe se compose souvent d'étudiants européens qui désirent se payer des vacances à prix modiques. Je ne crois pas que monter les prix soit une solution, car ce serait aussi la mort de ce chemin tel qu'il est. Je crois que ces faux-pèlerins sont un prix à payer pour la popularité du chemin.

Le deuxième groupe de sangsues est plus subtile. Je n'ai pas de problèmes avec Paolo Coehlo, ou avec Marcel Leboeuf, malheureusement leurs actions usent lentement le Camino. Sans aucun désir d'élitisme, je suis d'avis, et il sera difficile de me convaincre du contraire, que le pèlerinage vers Compostelle n'est pas à la portée de tous. Attention, ici, je ne parle aucunement du point de vue physique. Avant de partir, certaines personnes ne comprenaient pas vraiment le but ou la finalité d'un tel voyage et je les comprend entièrement, tout comme je ne comprend pas le but ou la finalité de se payer un voyage dans un resort dans le sud à chaque année. Si vous avez la mentalité et l'esprit du pèlerin, vous n'aurez pas besoin de vous faire convaincre par un motivateur qui par définition un excellent orateur et qui serait en mesure de vous convaincre de faire n'importe quoi tout comme vous n'aurez pas besoin de lire un livre romancé d'un très grand écrivain moderne. Bref, si le chemin vous change profondément c'est excellent, mais ça ne veut pas dire que ce sera le cas pour tout le monde et l'annonciation du chemin comme un remède miracle à tous les problèmes enfouis dans nos esprits est très néfaste à la fois pour le chemin et pour le faux-pèlerin. Si vous avez besoin de vous faire dire plus que le simple fait que le Camino Francès est une marche spirituelle (ou religieuse c'est selon) de près de 900 km rempli de gens (la plupart du temps) aussi attirés par cette démarche avec qui vous aurez des relations très profondes pour vous convaincre de venir, je ne crois pas que vous ayez l'âme du pèlerin et je ne crois pas que Compostelle soit pour vous.

Finalement, un troisième groupe de sangsues peuplent le parcours du Camino, heureusement je n'aurai pas à m'en soucier. Pour avoir le diplôme qui atteste que vous avez fait Compostelle, vous devez soit parcourir les 100 derniers km à pied ou les 200 derniers km à vélo. Or, en Espagne et en Allemagne, les employeurs valorisent les candidats qui ont fait Compostelle. À compétence égal, celui qui aura le diplôme de Compostelle sera choisi. Ainsi, tous les étés, un nombre impressionnant de jeunes envahissent les 100 derniers km du Camino. On s'entend que 100 km, c'est trois jours pratiquement sans sac-à-dos. Même que certains jeunes le font en voiture! Ils partent le jeudi, vont dans la ville à 100 km, font étamper leur crédentiale et prennent un bon coup. Ils se levent le lendemain, dégrisent un peu, vont dans la ville à environ 30 km de là, refont étamper, refont le party, ... Arrivés à Compostelle ils ont le même diplôme que tous les autres pèlerins et ils l'inscrivent fièrement dans leur CV. Heureusement, ils sont tous présentement à l'école!

J'ajouterai aussi ces pèlerins qui avant même de partir savent qu'ils partiront de Roncevalles pour éviter les Pyrénées, savent qu'ils prendront le bus de Burgos à Leon pour éviter la Meseta ou bien savent qu'ils se prendront toujours des pensions ou des hostels pour éviter les albergues. Je crois que c'est dans la nature du pèlerin que de souffrir un peu et de se faire bousculer dans ses habitudes de vie. Selon moi, les illuminations ou les constats surviennent la plupart du temps dans ces situations difficiles. Les éviter, c'est un peu contre le but du périple. M'enfin, j'arrête, je me sens un peu trop pédant et élitiste là ...

Bref, au travers des tous ces faux-pèlerins qui soit font le party, soit marchent le tête en l'air d'un air un peu niais espérant avoir une illumination ou soit cours vers Compostelle pour avoir un bout de papier, il est parfois difficile de trouver des vrais pèlerins avec qui avoir une bonne discussion. Heureusement, selon mes informations les faux-pèlerins sont plus rares en automne! Je n'ai donc pas vraiment à me plaindre, j'ai par contre une crainte pour ceux qui voudrait faire le Camino dans les prochaines années.

À la blague Miguel disait, 5 millions en 2010, ce ne sera pas si pire quand on sait que 3 millions ne feront que les 100 derniers km.

By the way, je suis maintenant à Sahagún, probablement que vous serez en mesure de le voir sur une carte parce que c'est la première fois depuis Burgos que je ne suis pas dans un petit village de 8 maisons et moins...

Wow long message, vive Internet gratuit!


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