Saturday, October 11, 2008

Rencontres et séparation

Jacques me l'avait dit avant de partir, St-Jacques n'est pas seulement un chemin c'est aussi des rencontres. Je n'y croyais pas vraiment, en fait je croyais qu'un pèlerin avait le choix de faire son chemin en solitaire ou bien de s'intégrer dans la communauté des pèlerins. Il n'y a pas de choix à faire. Christian, 43 ans, Danois, jardinier; Jacob, 38, Hollandais, lâche de nature selon ses dires; Sonya-René, 27 ans, Vancouver, World-traveler; Lars, 35 ans, Allemand qui parle latin, français, anglais, allemand et espagnol; Angelo, 56 ans, Italien, ... the list goes on. Lorsque vous commencez le chemin vous êtes un pèlerin faisant partie de cette communauté éphémère. Les chemins de Compostelle ne sont pas que la marche.



Nous sommes débarqués du même bus sous la pluie mardi soir à St-Jean-Pied-de-Port. Nous sommes arrêtés à la même boulangerie, propriété d'un sympathique français qui nous a fait selon ses dires le sandwich dynamite qui permet de traverser les montagnes comme un tgv, avant de partir mercredi. Nous avons marché un peu ensemble au tout début, je l'ai largué rapidement car il n'était pas habitué à la marche en montagne. Nous avons soupé à la même table mercredi soir. Nous avons marché pratiquement toute la journée ensemble jeudi. Nous avions prévu de faire un 32 km vendredi pour sauter par dessus Pampelune qui ne nous intéressait guère.



Voici ce que je sais de lui, Christian, 43, Danois, Jardinier, fils de 12 ans nommé Simon, divorcé. Voici ce qu'il sait de moi, Jean-Philippe, 23, Canadien, Professeur, célibataire. Par contre, j'ai parlé avec lui comme j'ai rarement parlé avec des amis proches. Pourquoi le chemin? Comment éduquer un jeune garçon? Les femmes (bien sûr)! Les façons de jardiner/les façons de bien gérer l'effort ... C'est l'esprit du chemin, on reçoit et on donne.

Vendredi durant nous nous sommes levés les premiers en prévision du 32 km, nous sommes partis tranquillement à la lampe frontale dans les bois. Rendu sur l'heure du midi nous étions à Pampelune, je marchais en avant dictant le rythme. Nous avions pas parlé depuis un bon bout, puis d'un coup :

-Jean-Philippe, my foot hurts too much, I have to stop.
-Wanna take a break?
-Nah, I think I'll stop for today and stay in Pamplona.
-Ok, then.
-See you
-See you

Le tout dura environ 15 sec. Nous nous sommes dit au revoir comme deux amis se le dise en sachant qu'ils ont les moyens de se rejoindre par la suite. Je n'ai pas son numéro de téléphone, son email, ni même son nom de famille. Nous ne nous reverrons pas. Mais je rencontrerai un autre Christian d'ici Compostelle, comme lui rencontrera un autre Jean-Philippe. Peut-être plus de son âge et peut-être plus d son rythme cette fois ...

2 comments:

Anonymous said...

Surprise que de te voir écrire ainsi. Entière, et heureuse.
S

Simous said...

Merveilleusement bien raconté jp. Tout comme cette discussion sur les rencontres, au Sacrilège avant ton départ.
« See ya!»
« Yeah see you soon (don't think so!)»
10-4

Keep walking